Dominique Gonzalez-Foerster, TH.2058
Tate Modern, Londres (UK)

14.10.2008 - 13.04.2009







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Traduction de la note d'intention-fiction de Dominique Gonzalez-Foerster

Octobre 2058 - TATE MODERN - LONDON


Il pleut sans cesse à Londres - pas un jour, pas une heure sans pluie, un déluge qui a duré des années et a changé la façon dont les gens voyagent, leurs vêtements, leurs loisirs, leur imaginaire et leurs désirs. Ils rêvent d'infinis déserts arides.


Cette inondation continuelle a eu un effet étrange sur les sculptures urbaines. Se développant comme l'érosion et la rouille, elles ont commencé à croître comme des plantes tropicales géantes assoiffées, à devenir toujours plus monumentales. Afin de contrôler cette prolifération organique, il a été décidé de les enfermer dans la Turbine Hall, entourées par les centaines de lits qui abritent - le jour et la nuit - les hommes de la pluie.


Un écran géant montre un film étrange, qui s'appparente plus à du cinéma expérimental qu'à un film de science-fiction. Des extraits de Solaris, Fahrenheit 451 et de La Planète des Singes voisinent dans ce montage avec des séquences plus abstraites, comme L'Oeil Sauvage de Johanna Vaude, mais aussi des images du film de Chris Marker, La Jetée. Serait-il possible que ce soit le dernier film?


Dans ce dortoir sont entreposés des livres sauvés de l'humidité et traités pour protéger leurs pages de la moisissure et de la désagrégation. Sur chacun des 200 lits il y a toujours au moins un livre, par exemple The Drowned World de JG Ballard, Vurt de Jeff Noon, The Man in the High Castle de Philip K Dick, mais aussi Fictions de Jorge Luis Borges, et 2666 de Roberto Bolaño.


Sur l'un des lits, caché parmi les sculptures géantes, une radio solitaire diffuse péniblement une bossa nova de 1958. Le dortoir, les livres, les images du film, les œuvres d'art et la musique produisent une étrange atmosphère rappelant un film de Jean-Luc Godard, citation empruntée pour un scénario de catastrophe.


Les musées ont été fermés pendant des années à cause des infiltrations d'eau et du niveau élevé d'humidité. Dans le grand logement collectif qu'est devenu le Turbine Hall un montage fantastique et hétérogène s'est développé, mêlant sculpture, littérature, musique, cinéma, gens endormis et rideaux de pluie.


Ce glissement vers le futur imaginé par Dominique Gonzalez-Foerster, première artiste française à investir le célèbre Turbine Hall, s'inspire également, selon ses propos reccueillis par Emmanuelle Lequeux, des très particulières Chroniques martiennes, nouvelles de Ray Bradbury dépeignant la réalité californienne des années 1950. Les scupltures installées dans le Turbine Hall sont toutes, hormis Felix, original de Maurizio Cattelan, agrandies de 25%, ce qui transforme ce lieu à la fois en musée (et non plus espace d'installation) et en zoo conservatoire d'espèces en voie de disparition, sorte d'arche de Noé. On y retrouve notamment Maman de Louise Bourgeois, le Flamant rose de Calder, ou encore Apple core d'Oldenburg et Van Bruggen.


Laissons à l'artiste le dernier mot, sur le thème si omniprésent actuellement, celui de la crise:

Je n'évoque pas cette crise en particulier, plutôt un état de crise général, et j'essaie de créer un endroit pour penser cette crise. Cette installation est sombre, mais elle est aussi un vaccin. Elle parle de croissance, de vitalité, et rappelle que la solution est dans un terrain de jeu collectif, pas dans ces soirées passées à regarder des DVD tout seul chez soi.

Dominique Gonzalez-Foerster





Expositions à venir et en cours

Archives 2008

Dominique Gonzalez-Foerster, TH.2058, Tate Modern, Londres

Exposition du 14 octobre 2008 au 13 avril 2009. Tate Modern, Bankside, Londres. Tél. : 0044-20-7887-8888. Ouverture de 10h à 18h, nocturne vendredi et samedi jusqu’à 22h.







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